Dans un entretien accordé à Catherine Robert d’Artcena intitulé « Le DAC, facilitateur du meilleur et rempart au pire » (26 mars 2026), Christophe Bennet — directeur des Affaires culturelles de la Ville de Cergy et président de la FNADAC — revient sur un métier clé des politiques culturelles locales : celui de DAC. À la croisée de l’administration, du politique et du terrain, cette fonction joue un rôle déterminant dans l’équilibre et la vitalité de la vie culturelle.
Un chef d’orchestre des politiques culturelles
Le directeur des Affaires culturelles (DAC) est avant tout un coordinateur. Il pilote l’ensemble des champs culturels d’une collectivité — spectacle vivant, lecture publique, enseignement artistique, patrimoine, arts visuels ou encore cinéma.
À la fois opérationnel et stratégique, il agit comme un interface entre les élus, les équipes et les réalités du terrain. Sa mission : traduire une ambition politique en actions concrètes, tout en tenant compte des moyens, des compétences et des dynamiques locales.
Une fonction née de la décentralisation
Le rôle de DAC s’inscrit dans le mouvement de décentralisation des années 1980, lorsque les collectivités territoriales ont acquis une autonomie renforcée en matière culturelle. Depuis, la fonction s’est structurée sans pour autant suivre un parcours unique : les DAC peuvent venir aussi bien de l’enseignement artistique, de la programmation, du droit ou de l’administration.
Une relation clé avec les élus
Le binôme DAC–élu à la culture est central. Lorsque le dialogue fonctionne, il permet de déployer une politique culturelle ambitieuse et cohérente. Mais des tensions peuvent émerger, notamment lorsque les orientations politiques entrent en contradiction avec les valeurs ou les pratiques professionnelles des équipes.
Dans ce contexte, le DAC n’est pas un simple exécutant : il dispose d’une marge d’autonomie et de responsabilité. Plusieurs cadres juridiques — liberté de programmation, protection contre les abus d’autorité, pluralisme des idées — viennent encadrer l’action publique culturelle et limiter les dérives.
Des garde-fous face aux pressions et aux dérives
L’entretien met en lumière un point essentiel : le rôle du DAC comme rempart face à des orientations contraires aux valeurs démocratiques.
Les professionnels de la culture partagent en effet des հիմնements communs :
- défense du pluralisme
- inclusion et participation
- accès de tous à la culture
Lorsque ces principes sont remis en cause, les équipes peuvent opposer des résistances. À cela s’ajoutent d’autres garde-fous : cadres réglementaires, conventions de financement, contrôle de l’État, vigilance des publics et médiatisation.
La culture, entre cohésion sociale et instrument politique
Christophe Bennet rappelle que la culture peut être un formidable outil de cohésion sociale… mais aussi être instrumentalisée à des fins idéologiques. D’où l’importance de professionnels capables de maintenir un cap éthique et de préserver l’intérêt général.
Des élus aux profils variés
Enfin, l’entretien souligne la diversité des profils d’élus à la culture. Parfois peu expérimentés dans ce domaine, certains s’appuient fortement sur l’expertise des DAC, permettant un travail constructif. D’autres, très engagés, portent une vision forte. Dans tous les cas, la réussite d’une politique culturelle repose sur une bonne compréhension du territoire et un dialogue de qualité.
Un rôle plus stratégique que jamais : des facilitatrices et facilitateurs et des remparts
À travers ce témoignage, le DAC apparaît comme un acteur essentiel :
- facilitatrice et facilitateur des politiques publiques culturelles
- garant de leur mise en œuvre
- et, dans certains cas, rempart face aux dérives politiques ou idéologiques
Dans un contexte de tensions croissantes autour des questions culturelles, cette fonction s’impose plus que jamais comme un pilier de l’équilibre démocratique local.
Référence
A noter que cet entretien fait suite à d’autres pour un dossier consacré aux politiques culturelles :
Chloe Tournier, directrice de La Garance – Scène Nationale de Cavaillon, « À l’écoute de la spécificité d’un territoire » :
Philippe Teillet, maître de conférences en science politique à Sciences Po Grenoble, « La fin d’un modèle ? » :
Clara Hédouin, metteuse en scène, « Hétérotopie théâtrale » :

